A Paris aussi

le 8 mars 2010, par LaTartine

En réponse à la note précédente, la correspondante permanente de laTartine à Paris, nous a fait parvenir un Sitting Kid, photographié dimanche dans la rue Oberkampf.

Et comme toujours ses photos sont meilleures que les miennes !!!!

Mais que faisait l’Homme blanc ?

le 2 mars 2010, par LaTartine

Mais que faisait l’Homme blanc ce 28 février ?

Lui qui se pavanait l’été dernier un peu partout sur l’île, lui qui avait l’air si fort, que n’était-il à peser de tout son poids sur les digues de l’Ile de Ré pour les empêcher de rompre!

Il devait encore jouer avec les oiseaux pour épater les demoiselles

Ou il était encore en train d’exhiber fièrement son dos musclé

Et maintenant, voilà le résultat ! C’est l’heure des larmes…

L’Homme Blanc est une création de Jérôme Mesnager, et le « sitting kid » un pochoir de Jeff Aerosol. En juillet 2009, sur la plage de la Conche des Baleines,  les peintures avaient déjà perdu un peu de leur éclat, sur les bunkers qui sont noyés à chaque marée.

Quartier Saint-Laurent ce dimanche

le 28 février 2010, par LaTartine

Des câbles pendouillaient tristement sur le mur défraîchi
Mais un poète dauphinois est passé par là.
Il a dit à son copain : fais-y moi la courte échelle
J’y vais accrocher mes chemises

Un boulot de merde

le 24 février 2010, par LaTartine

Votre mission consistera à passer le haut du corps dans un trou d’homme pour installer un système qui bouchera une grosse tuyauterie. Quelques jours plus tard, on vous demandera le travail inverse, vous devrez retirer la plaque. Vous recevrez une formation sur simulateur pour apprendre à faire rapidement ces gestes avec votre équipement.

Fastoche !

Quelques précisions utiles:

  • Le diamètre du trou d’homme: 45 cm (pour se rendre compte, une bouche d’égout standard, c’est 65 cm)
  • La tuyauterie appartient au circuit primaire d’un réacteur nucléaire
  • L’équipement fourni est une combinaison scaphandre dite mururoa.
  • Le temps total nécessaire à l’opération est 6 mn; le temps autorisé par intervenant dans ce milieu extrêmement radioactif c’est 2mn. Trois hommes se relaient donc pour poser ou déposer le système.
  • Il y a 8 plaques à poser pour un réacteur à 4 boucles
  • La dose annuelle autorisée pour un travailleur du nucléaire c’est 20 mSv.

C’est bon ? Tu signes ?

Je ne veux pas polémiquer ici sur les risques du nucléaire, on n’en sortirait pas. Je veux juste parler de « La Centrale » d’Elisabeth Filhol. C’est un petit roman récent qui raconte à la première personne une tranche de vie d’un intermittent du nucléaire qui, à la suite d’une mauvaise manipulation, vient de dépasser sa dose annuelle. On a donc le point de vue de cet homme qui va « être mis au vert » contraint et forcé. Il raconte sa vie de travailleur nomade au rythme de la maintenance des réacteurs du parc. Il dit le compagnonnage chaleureux de ces hommes qui suivent les arrêts de tranche des 58 réacteurs d’EDF et se retrouvent d’un chantier à l’autre chaque année. Le ton est juste, les précisions techniques claires et exactes éclairent le propos sans en rajouter.


Estuaire 2009, le tuyau rouge est une oeuvre d’art de Jimie Durham

J’ai noté ce passage (p15) un peu long, mais je n’ai pas envie de le couper.

« Un autre que moi, ce matin,  s’est présenté au poste de garde, a franchi les contrôles, l’habillage, et a rejoint les gars de mon équipe pour finir le travail. A présent il se repose en essayant de ne pas y penser, ou de penser que ça n’arrive qu’aux autres, une règle valable pour tous, le risque permanent, statistique, de surexposition, et pour lui-même l’exception qui confirme la règle, ou la pensée magique, ça n’arrivera pas. Il est jeune, j’imagine, en bonne forme physique, et son corps lui répond. Tant qu’il n’aura pas fait l’expérience contraire, il s’en tiendra là. La relève. Comme en première ligne à la sortie des tranchées, celui qui tombe est remplacé immédiatement. Dans la discipline, et les gestes appris et répétés jusqu’à l’automatisme. Il y a des initiales pour ça. DATR. Directement affecté aux travaux sous rayonnement. Avec un plafond annuel et un quota d’irradiation qui est le même pour tous, simplement certains en matière d’exposition sont plus chanceux que d’autres, et ceux-là traversent l’année sans épuiser leur quota et font la jonction avec l’année suivante, tandis que d’autres sont dans le rouge dès le mois de mai, et il faut encore tenir juillet, août et septembre qui sont des mois chauds et sous haute tension, parce qu’au fil des chantiers la fatigue s’accumule et le risque augmente, par manque d’efficacité et de vigilance, de recevoir la dose de trop, celle qui va vous mettre hors jeu jusqu’à la saison prochaine, les quelques millisieverts de capital qu’il vous reste, les voir fondre au soleil, ça devient une obsession, on ne pense qu’à ça, au réveil, au vestiaire, les yeux rivés sur le dosimètre pendant l’intervention, jusqu’à s’en prendre à la réglementation qui a diminué de moitié le quota, en oubliant ce que ça signifie à long terme. Chair à neutron. Viande à rem. On double l’effectif pour les trois semaines que dure un arrêt de tranche. Le rem c’est l’ancienne unité, dans l’ancien système. Aujourd’hui le sievert. Ce que chacun vient vendre c’est ça, vingt millisieverts, la dose maximale d’irradiation autorisée sur douze mois glissants. Et les corps peuvent s’empiler en première ligne, il semble que la réserve soit inépuisable. J’ai eu mon heure. J’ai été celui qu’on entraîne à l’arrière du front, cours théoriques puis dix jours de pratique sur le chantier école, dix jours ramenés à huit comme au plus fort de l’offensive quand on accélère l’instruction des recrues pour en disposer au plus vite, et à quoi servirait d’investir davantage de temps et d’argent sur eux dont on sait que la carrière sera courte?  »

Bon ! en sortant de la pièce, tu n’oublies pas d’éteindre la lumière…

Balades en hiver

le 22 février 2010, par LaTartine

Le silence et le blanc écrasent le paysage.
Sibérie ?

Le froid broie les randonneurs qui tentent de prolonger la pause.
Laponie ?

Un grand coup de dameuse efface chaque soir le passage des humains.
Grand nord québécois ?

Les empreintes des lapins et des chevreuils racontent l’autre vie de la forêt. La nourriture est rare. Des grosses touffes de poils et du sang sur la neige laissent entrevoir des drames.
Kamtchatka ?

L’eau a bêtement gelé dans ta gourde. Tu as retiré tes gants pour manger et l’onglée te serre les doigts. Tu voudrais rester plus longtemps mais ton corps proteste, tu t’es déjà refroidi.
Vercors ?

Hé oui, tout cela se passe dans le Vercors, qui a accumulé cette année une quantité de neige phénoménale. Ces photos ont été prises il y a 10 jours sur le plateau de Château Julien aux environs de Corrençon. Le brouillard a consenti à se lever vers midi et, au bout d’une jolie grimpette dans la forêt ployée sous la neige, nous avons découvert ce paysage somptueux.

Habiter

le 24 janvier 2010, par LaTartine

Cherche cabane, n’importe où dans la montagne, loin des routes et des grands sentiers, eau courante pas nécessaire, électricité superflue, poêle à bois bienvenu, petits courants d’air acceptés.

Cherche cabane pour écouter la pluie tomber et attendre la lune se lever.

Cherche cabane pour découvrir la neige au lever du jour.

Cherche cabane pour guetter le passage des renards et surprendre les galopades des loirs.

Cherche cabane pour y emmener celles qui n’ont pas peur du noir et leur conter sous la couette des histoires sans fin.

Cherche cabane pour y déposer mes rêves.

Cherche cabane pour habiter enfin !

Depuis des années, un ami cherche désespérément une cabane dans les montagnes autour de Grenoble, et hier, j’ai bien apprécié l’expo Habiter au Musée Dauphinois. Je vais lui proposer cette petite annonce…

La cabane de la photo, dans le Vercors, est occupée souvent par des randonneurs de passage. Il faut juste pousser la porte.

Ailleurs, pour se changer les idées

le 21 janvier 2010, par LaTartine

Quand il fait froid dehors (et pas si chaud que ça dans la maison), rien de tel que ressortir les photos d’un pays chaud.

Par exemple, l’été dernier dans l’île de Nantes, nous avons rencontré un cornac qui correspondait en tous points à la définition du petit Robert : celui qui est chargé des soins et de la conduite d’un éléphant.

Pour voir l’éléphant il faut prendre du recul.

L’œil est vif, les grandes oreilles battent pour écarter les mouches. Quand l’éléphant de Royal de Luxe barrit cela fait peur aux enfants. Quand il balance de l’eau avec sa trompe, les mamies craignent pour leur mise en plis.

Le sol tremble quand il avance, mais la démarche est fluide.

Peut-être que ces deux petites filles vous diront que plus tard elles voudront être cornac.