L’île de Kolgouev

Publié le 30 juin 2010 dans Ailleurs, Lectures.

« Eloge des voyages insensés » de Vassili Golovanov est un de ces livres dont j’ai envie de parler. C’est un gros pavé qui part parfois dans des digressions impossibles ; j’ai passé un bon mois à le traîner partout et maintenant que je l’ai terminé, l’île de Kolgouev continue à m’habiter.

Le narrateur raconte comment il l’a fantasmée, comment il s’y est rendu à trois reprises, comment un Anglais l’a racontée 100 ans avant lui. Tous ces voyages se mêlent dans une épopée que je trouve magnifique.

Ce n’est pas l’île de Ré ! Prenez une carte de Russie : l’île est ce petit rond dans la mer de Barents, pas très loin de la côte, au nord du cercle polaire, à l’ouest de la Nouvelle Zemble qui est dans le prolongement de l’Oural.  Bon, si ce n’est pas clair, il y a une carte ici, et comme je viens de demander à gougle « Ile de Kolgouev » , j’ai trouvé des dizaines d’articles qui parlent de ce bouquin, dont celui-ci. Je ne ferai pas mieux ! j’abandonne illico l’idée de commenter et je vais me contenter de citer des passages qui, en ce moment, me parlent beaucoup.

« Car je ne savais pas où je partais. Et cette ignorance se révéla cent fois plus inouïe que tout ce que j’imaginais. « (p60)

« Ce voyage, jusqu’alors auréolé de romantisme, qui n’était encore qu’une possibilité relativement éloignée et incontestablement agréable, me sautait soudain à la figure, de toute sa réalité. Je voyais quelques-uns de ses corollaires : la fatigue, la faim, notre impuissance face au mauvais temps, là-bas, dans l’espace cosmique de la toundra. J’évitais de penser ce qu’il adviendrait de nous s’il se mettait à pleuvoir longtemps : Piotr avait une simple veste matelassée de chantier et moi, un vieil anorak ouaté en textile synthétique, traité avant le départ à l’aide d’un produit hydrofuge mais j’étais sûr qu’il serait trempé dès la première vraie journée de vraie pluie. » (p155)

« Comme Alik l’avait prévu, le temps se gâta. Lorsque nous sortîmes du balok d’Egor, la toundra sentait la terre chaude, les plantes en décomposition, l’herbe tiède et les fleurs. Le soleil auquel il n’était pas donné souvent de briller avec une telle force avait réveillé tout ce qui vivait. Nous progressions vers le mont Semigolovoïe et, trois heures durant, nous marchâmes dans la vallée marécageuse, englués dans des nuées de moustiques s’élevant de l’herbe par millions pour nous coller au corps. L’antimoustique se mêlait à la sueur, dégoulinait sur nos visages, brûlait nos yeux tel de l’acide. « (p300)

(Puis le mauvais temps, dantesque, arrive rapidement)… « et en un instant, le tendre été de Kolgouev fut piétiné, et l’île plongea dans les ténèbres. » (p302)

J’expliquerai un jour pourquoi j’ai relevé ces passages. Mais ce livre n’est pas qu’un récit de randonnée. Vassili Golovanov raconte aussi les éleveurs de rennes, les nenets qui peuplent l’île, le village ahurissant de Bougrino (427 habitants en 1994), les ivrognes et la vodka tout le temps, la toundra et les oies sauvages, la vie des habitants qui a été bouleversée à l’arrivée des « rouges » et qui s’est complètement déstructurée depuis la fin de l’empire soviétique.

Sur les photos, les marais de l’île de Ré sont censés évoquer la toundra. Si vous y croyez, tant mieux!

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