La main de fer

Publié le 25 septembre 2010 dans Grenoble et la région.

J’aime beaucoup les journées du patrimoine qui donnent l’occasion d’ouvrir les yeux sur la région où j’habite. On peut voyager à côté de chez soi !

A ceux qui  ne le connaissent pas, je présente Xavier Jouvin (1801 – 1844) qui a sa statue sur les quais de l’Isère à Grenoble.

Xavier Jouvin sur les quais

Dans sa main, ce ne sont pas les tables de la loi, ni les horaires de la diligence mais l’invention qui a révolutionné le métier de gantier : la main de fer. Au 19e siècle, la ganterie était l’industrie principale de la région de Grenoble. Tannage des peaux, découpe, couture: toutes ces opérations, et bien d’autres encore, étaient effectuées dans des ateliers ou à domicile dans les campagnes alentour.

Xavier Jouvin 1801-1844

Xavier Jouvin, qui était gantier et fils de gantier, a laissé son nom à la postérité parce qu’il a d’abord inventé les tailles de gants en étudiant toutes les formes de main (de nos jours même si t’achètes des gants mapa pour la vaisselle, tu  verras que cette numérotation bizarre sert encore).  Il a ensuite inventé la main de fer qui sert à découper plusieurs paires de gants d’un coup ! Ces deux inventions ont bouleversé le métier en apportant efficacité et précision (voilà que je parle comme un chef d’entreprise en train de séduire ses actionnaires… c’est pas dans la ligne éditoriale de laTartine !) et ont ruiné la corporation des découpeurs (pour le coup, le Xavier qui s’était considérablement enrichi avec sa main de fer qu’il avait fait breveter, s’est rattrapé en les soutenant financièrement).

Donc voilà la main de fer.

la main de fer

On voit sur la photo le socle sur lequel l’artisan va poser une douzaine de morceaux rectangulaires découpés dans les peaux. La partie femelle du gant de fer va s’encastrer sur le tas à l’aide d’une presse, et hop! le découpage de 6 paires de gants n’a pris que quelques secondes et on comprend vite pourquoi les découpeurs ont dû se recycler.

la presse

Alors maintenant on va regarder le résultat du découpage (clique sur la photo pour bien voir). En pliant en deux chaque grande pièce, le gantier obtient le corps du gant avec les 4 doigts. L’emplacement du pouce est évidé et les pouces ont été découpés avec un autre emporte-pièce, ce sont les deux morceaux ovales au fond à gauche.
Et les autres morceaux alors? Les bandelettes qui ont été découpées aux ciseaux s’appellent les fourchettes : elles seront cousues entre les faces supérieures et internes des doigts pour donner l’épaisseur (ne cherche pas sur les gants mapa, ils ne sont pas faits comme ça) ;  et comble du raffinement, les petits triangles qui s’appellent les piécettes s’insèrent quelque part au creux des doigts, ce qui permet au gant de s’ajuster parfaitement à la main.

les pièces du gant

Je passe sur l’étape de broderie pour aller directement à l’assemblage : « la piécette sera cousue au pouce, le pouce à la main interne et les six fourchettes aux deux faces du gant ».

la main chaude Les coutures qui ne doivent pas tirer sont contrôlées en introduisant une baguette dans chaque doigt, c’est le baguettage. Et l’opération de dressage consiste à placer quelques instants le gant sur la « main chaude » pour lui donner vie !

C’est un couple de gantiers qui a expliqué avec passion toutes les étapes de la fabrication des gants en chevreau qui sont leur spécialité.

Ils ont raconté comment ils se démènent pour trouver un financement pour former des apprentis qui pourraient reprendre le flambeau, car les commandes ne manquent pas. Les gants qu’ils fabriquent sont magnifiques et finalement pas si chers que ça si on compare aux prix des fringues à la mode fabriquées en Chine.

Si tu passes par Grenoble, viens donc faire un tour aux Gants Lesdiguières de la rue Voltaire…

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Xavier Jouvin sur les quais
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Xavier Jouvin 1801-1844
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la main chaude

9 commentaires sur “La main de fer”

  1. caro_carito a écrit :

    Ah ben ça, ça m’en bouche un coin. Étonnante, cette main de fer, en vrai.

  2. hieronima a écrit :

    Bravo, Martine
    Et, est-ce qu’il n’aurait pas aussi inventé le « bouton-pression », ce Xavier Jouvin ?
    Et
    il serait donc aussi à l’origine de l’expression  » une main de fer dans un gant de velours » …
    En tous cas il a bien « relevé le gant » et toi aussi !

  3. laTartine a écrit :

    hieronima> ah! tu vas me casser tous mes effets! le bouton pression, c’est pour la prochaine note, mais ce n’est pas Xavier Jouvin l’inventeur.
    Bises

    caro> le plus étonnant, c’est quand on s’intéresse un peu à l’histoire locale, on s’aperçoit que toutes les célébrités avaient quelque chose à voir avec les gantiers.

  4. Annie-Claude a écrit :

    tiens, je ne m’étais jamais demandé comment les gants étaient fabriqués !! intéressante ton histoire.

  5. maurice rey-jouvin a écrit :

    Bravo pour cette explication claire, précise et détaillée de la fabrication d’une paire de gants. Mon trisaïeul a non seulement rénové la ganterie au 19ém siècle mais l’a fait passer à un stade industriel et Grenoble lui doit son développement. Bientôt ouvrira un musé dédié à Xavier Jouvin et son invention, mais chut c’est encore un secret.

  6. LaTartine a écrit :

    Annie-Claude> si tu passes un jour par Grenoble et si tu vas faire un tour dans la boutique de la rue Voltaire, tu te trouveras sans doute un besoin d’une belle paire de gants. Je sais déjà que je vais craquer mais j’hésite encore sur le choix de la couleur ;o)

    Maurice Rey-Jouvin> Votre passage ici et votre commentaire me font bien plaisir et m’encouragent à partager mes découvertes en mots et en photos. J’espère que le secret était dit pour être éventé…
    J’ai lu récemment l’histoire d’Edouard Rey et j’ai découvert tout ce qu’il a fait pour développer Grenoble. Si j’ai bien compris, il a épousé la fille de Xavier Jouvin, il est donc aussi votre aïeul?

  7. Annie-Claude a écrit :

    Oui, les gants j’ai donné à Rome avril dernier ! mais, comme d’hab, je les ai pris noirs, et j’en avais déjà.. no comment. La prochaine fois, sur de sur, j’oserais la couleur !!!

  8. caro_carito a écrit :

    les gants italiens, à Milan l’année passées, ils m’ont fait rêvée…

  9. maurice rey-jouvin a écrit :

    Bonjour,

    Le musée de la ganterie dédiée aux Gants JOUVIN ouvrira ses portes d’une facon perenne pour les journées du patrimoine en septembre.
    150m2 dans un local du 16èm siècle entièrement rénové dans les sous sols de  » l’Ancienne Manufacture des Gants JOUVIN » 2 rue St Laurent à Grenoble.

    A bientot