Amadeu de Prado

Publié le 18 juin 2007 dans Lectures, Linguistique.

« Le désordre est incompressible » m’a dit Laurent hier soir alors que je me lamentais de retrouver dans la chambre les piles de papiers qui avaient disparu du salon. Une petite phrase comme celle-ci a mis fin à toutes mes illusions de rangement et j’en ai conclu que tant qu’une nouvelle étagère ne ferait pas son entrée dans la maison, il n’y aurait aucun espoir d’abaisser durablement l’entropie de cette maison. Ceci étant dit, je vais parler d’un bouquin pas encore rangé qui nous a beaucoup plu : « Train de nuit pour Lisbonne » de Pascal Mercier.

lisboa2.jpg

Le héros Gregorius, un vieux professeur de langues anciennes, débarque à Lisbonne à la gare Santa Apolonia (sur la photo c’est la gare du Rossio). Il a quitté Berne sur un coup de tête avec dans ses valises un bouquin écrit en portugais qu’il a déniché la veille, par hasard, chez un bouquiniste. Comme il ne connaît pas un mot de portugais, il a acheté et emporté un dictionnaire et une grammaire pour comprendre ce que raconte ce livre.

« Tout ému, il garda le nouveau dictionnaire et la grammaire devant ses yeux et chercha des expressions et des formes verbales qui lui manquaient. Português. Comme ce mot sonnait déjà autrement ! S’il avait jusqu’à présent possédé le charme d’un bijou venu d’un pays lointain et inaccessible, c’était maintenant l’une des mille pierres précieuses d’un palais dont il venait tout juste d’enfoncer la porte. »

Dans le train, il a rencontré José Antonio da Silveira qui jouait aux échecs avec le serveur du wagon restaurant. Ils font connaissance et comme la nuit est propice aux confidences ils parlent :

lisboa1.jpg

« Le problème, dit Silveira alors que le train était à l’arrêt en gare de Valladolid, c’est que nous n’avons pas de vue d’ensemble de notre vie. Ni en avant ni en arrière. Quand un événement tourne bien, nous avons simplement eu de la chance. »

Cette phrase me plaît bien parce qu’elle contredit tous ceux qui prétendent maîtriser en continu le cours des événements, la météo, les embouteillages et la crème anglaise. (Mais non maman, je ne parle pas de toi, voyons !)

lisboa4.jpg

Je n’ai encore rien raconté de cette histoire et je n’ai pas l’intention d’en dévoiler trop ! Je dirai juste que Gregorius va essayer de comprendre qui était cet Amadeu de Prado, l’auteur de son bouquin. Le lecteur découvre les écrits d’Amadeu en même temps que Gregorius au fur et à mesure de ses rencontres à Lisbonne. J’ai trouvé dans la lecture de ces deux livres imbriqués plein de belles choses.
J’ai apprécié aussi que l’auteur n’inflige pas au lecteur une visite guidée de Lisbonne : le lecteur qui ne connaît pas Lisbonne n’apprendra rien sur la ville, et celui qui a eu la chance d’y aller, situera avec plaisir des lieux qui sont à peine suggérés.

lisboa5.jpg

Pour finir cette note, je vous propose de tester sur une note précédente un grand progrès technologique de wordPress, installé par Laurent (il ne se bat pas avec l’entropie, lui au moins, ça lui laisse de l’énergie pour tester les nouveautés !!!!). Pour apprécier l’amélioration apportée, il faut cliquer sur une des petites photos de la mosaïque pour l’agrandir, et recliquer pour la fermer. Ca marche sur mac à la maison (explorer, safari et firefox) et sur pc au travail (explorer). Ailleurs aussi ?

5 commentaires sur “Amadeu de Prado”

  1. uu a écrit :

    On ne peut tout contrôler. C’est bien illusoire.
    Par contre, la vie serait alors un grand jeu de probabilités où on tenterait d’acheter à grand frais une augmentation de l’espérance [de bonheur].

    Quant à l’entropie, les physiciens disent que c’est irréversible. Autant laisser faire… De toute façon, tout retournera à l’état de poussières. Peu ou prou. Tôt ou tard.

  2. hieronima a écrit :

    très belle vue de ces escaliers qui me rappellent ceux de Fourvières.
    Les vagues mosaïques de la précédente aussi….

  3. Dominique NOEL a écrit :

    Lecture passionnante, à rapprocher du roman de Orhan Pamuk « Neige » dans lequel le héros suit les traces d’un auteur décédé

  4. Bafoil a écrit :

    J’apprécie beaucoup le livre « Train denuit pour Lisbonne » mais je ne sais toujours pas si Amadeu Prado est un poête imaginaire ou si il a réellement existé.

  5. LaTartine a écrit :

    Bafoil> on va dire imaginaire… ça vous va?