Wallis à Tahiti (1)

Publié le 27 août 2008 dans Polynésie.

241 ans et un jour avant nous, le 19 juin 1767, le capitaine Samuel Wallis, à bord du Dolphin, découvre (1) Tahiti.


Teahupoo avant la pluie

L’expédition initialement composée de trois vaisseaux était partie d’Angleterre dix mois plus tôt. Le 2ème vaisseau, le Swallow devait accompagner le Dolphin dans son exploration du Pacifique, mais les deux navires ont été séparés par une tempête en sortant du détroit de Magellan. Les courants violents, la faiblesse des télécommunications de l’époque ont fait qu’ils ne se sont pas retrouvés et qu’ils ont fait route chacun de leur côté.

La côte semble enchanteresse. Du large on aperçoit des rivières qui se jettent dans le lagon.    Imaginez la joie et le soulagement des marins qui viennent de passer 4 mois à errer dans les canaux hostiles du détroit de Magellan, 4 mois auxquels il faut ajouter 2 mois de navigation pour arriver en Polynésie. Les réserves d’eau douce touchent à leur fin, les estomacs sont vides ou mal remplis, le scorbut sévit et, à commencer par le capitaine, il y a des malades à bord. (Cela relativise l’escale actuelle à Los Angeles avec ses formalités idiotes et désagréables.)

Bref, le Dolphin doit trouver rapidement une passe dans le récif et une baie suffisamment profonde pour mouiller dans le lagon. Le vaisseau fait le tour de l’île et des ronds dans l’eau, envoie des chaloupes pour sonder et examiner les abords. Il rate la baie profonde de Vairao dans laquelle le France s’arrimera en 1972 lors de son tour du monde.


Les deux énormes plots en béton ont été construits pour le France

Pendant ce temps sur le Dolphin, on fait connaissance avec ce que Wallis appelle « les Indiens » qui sont arrivés par centaines sur leurs pirogues à balancier pour examiner cet étrange vaisseau. les premiers contacts sont amicaux.

Des Tahitiens montent visiter le Dolphin toujours en pleine mer et ils chapardent à bord tout ce qu’ils peuvent. Il faut imaginer les Anglais stupéfaits de voir leurs affaires disparaître aussi rapidement. Ils réagissent vite et Wallis écrit « notre vigilance les empêcha presque toujours d’y arriver« . Il y en a quand même un qui saute par dessus bord avec le beau chapeau bordé d’un officier!
Mais pour les Anglais, l’important c’est de se ravitailler au plus vite et d’établir des échanges nourriture contre clous, verroterie et babioles.

Le 24 juin enfin Wallis pénètre dans la baie de Mataiva, mais le Dolphin est accueilli par des jets de pierres. Des centaines de pirogues attaquent le vaisseau. Wallis, malade, a confié le commandement à son premier lieutenant. Celui-ci n’a pas le choix, il tire au canon dans le tas. Le rapport de force est établi instantanément, les pirogues se sauvent et le 25 juin, les Anglais s’ancrent dans la baie et prennent possession de l’île au nom de Sa Majesté, la baptisent l’Ile du Roi George III et ils arrosent l’événement d’une rasade d’eau de la rivière et d’une lampée de rhum, bien sûr à la santé de Sa Majesté. Je n’ai pas trouvé de portrait de Wallis, voici en remplacement celui de son roi.

Les ennuis ne sont pas encore tout à fait terminés pour l’équipage du Dolphin : les Tahitiens reviennent à la charge le 26 juin avec leurs pirogues remplies de pierres. Pour en finir, Wallis de son lit ordonne de faire feu sur les attaquants, de montrer que ses canons portaient jusqu’à la côte  puis il envoie ses charpentiers détruire toutes les pirogues qui ont été remontées sur le rivage. C’est le dernier épisode guerrier du séjour de Wallis à Tahiti.

Dans une prochaine note de laTartine, la suite du voyage et les découvertes des différents charmes de l’île.

(1) Les Anglais n’étaient pas les premiers, mais le séjour des Espagnols Portugais au 16ème siècle fut sans suite. Voir pour plus de précisions le commentaire de Guess Who.
(2) Des détails intéressants sur l’expédition du Dolphin
(3) Les photos sont de laTartine, la peinture et la gravure proviennent des encyclopédies du net.

12 commentaires sur “Wallis à Tahiti (1)”

  1. Guess Who a écrit :

    Bon si après Annie Claude, UU, toi aussi tu t’y mets à parler de Tahiti, aucun interêt que j’y aille un jour, j’aurais l’impression d’avoir tout visité !

    Le découvreur de Tahiti fut, si je ne me trompe pas, en réalité un portugais, Pedro de Queiros (Quiros selon les espagnols) qui naviguait au service du roi d’Espagne vers 1606.

    Selon la tradition il aurait découvert Vanuatu et l’Australie et aurait longé Tahiti, sans jamais débarquer cependant.

    En 1607 il va retourner à Madrid et sera considéré comme à moitié fou, ce qui fait que tous ces rapports de voyage à Philippe III resteront sans suite.

    Ces documents, ainsi qu’autres documents de son second, Luis Vaez de Torres, seront lus par un géographe de l’Amirauté anglaise (ils auraient été obtenus par les anglais lors de la prise des Philippines mi-XVIII), Alexander Dalrymple dont les comptes rendus et les théories sur l’existence de l’Australie (nom donné par Queiros à ce continent) inciteront Cook à faire ses propres voyages.

  2. laTartine a écrit :

    Bonjour Tiago! merci pour ces précisions, mes recherches n’étaient pas allées jusque là, je vais compléter mon renvoi. Finalement les Polynésiens ont eu un répit de presque deux siècles.
    Ce sont les notes d’Annie-Claude et celles de UU dans un registre différent qui m’ont donné envie d’aller voir. A mon tour d’essayer à ma manière de mettre en scène mes photos, en cherchant seulement à faire partager le grand bonheur d’avoir vécu des moments magnifiques. Mais n’aies crainte, cela ne remplacera jamais une expérience de voyage!

  3. brigetoun a écrit :

    ma parole, encore les portugais !
    et de fait la tour de Bélem en vit partir tellement

  4. Annie-Claude a écrit :

    Magnifique récit que tu nous fais là, l’approche est bigrement intéressante.
    Et Tiago, tu m’épates aussi !
    Si je me réfère à une thèse dont le titre est « le Paradis Terrestre, un mythe espagnol en Océanie » (éditions l’Harmattan), écrite par Annie Baert (et néanmoins amie), c’est bien l’expédition de Pedro Fernandez de Quiros qui aurait « découvert » l’île de Marutea, aux Tuamotu (Polynésie fse), le 3 février 1605.
    En effet, les rapports divers sur le compte de Quiros font état d’une mauvaise gestion des voyages, il est donc renvoyé au Pérou et meurt en cours de route, à Panama.
    Et comme Annie Baert est professeur d’espagnol, rien n’indique dans sa thèse que Pedro serait plutôt portugais… ;), elle parle de « voyages océaniques sous l’autorité de la couronne espagnole » ; alors Tiago, je veux bien te croire qu’il soit portugais, Quiros ou Queiros est bien le découvreur d’un archipel polynésien !

  5. marie a écrit :

    Vous me donnez tous envie d’aller y faire un tour. Rien que la musique, les fleurs, tout semble alléchant. Un jour peut-être …
    Bizzzzzzzzz

  6. Guess Who a écrit :

    Ah ah … et alors Annie Claude, étonnée que je connaisse Quiros ? Dis ce n’est pas réservé à ton amie Annie Baert, dont j’ai lu un ouvrage traitant du sujet…

    Tu seras encore plus étonnée si je racontais que mon intérêt pour le monsieur m’est venu par la … poésie ! Eh oui !

    Pedro Fernandes de Queiros est né à Evora (certains historiens placent sa naissance à Lisbonne) en 1565. Pendant sa jeunesse le Portugal va traverser une période très trouble suite à la disparition en Afrique du Nord en 1578 corps et âme du roi D. Sebastião.
    Cette disparition va conduire à ce que la couronne portugaise tombe par le jeu des successions (et un peu de la guerre…) aux mains de Philippe II en 1580.

    Vont suivre 60 ans pendant lesquels le Roi d’Espagne est également Roi du Portugal. Il est donc tout à fait logique que des marins portugais participent aux voyages de la découverte du Pacifique organisés par les Espagnols.

    Notre Queiros (ou Quiros comme il est plutôt connu) va d’abord se trouver pilote de Alvaro de Mendaña et, suite à un passage à Rome, il réussira à se faire financer partiellement un nouveau voyage par le Pape.

    C’est au cours de ce voyage qu’il va faire toute une série de découvertes : Vanuatu, Tahiti et certains affirment même, l’Australie.

    Mais il faut dire que le personnage est complètement frappadingue allant même jusqu’à créer un ordre de chevalerie, l’Ordre des Chevaliers du Saint Esprit à laquelle tous ses marins feront part !

    L’affaire est un peu embrouillée et Quiros finira par faire une erreur de navigation, ou abandonné tout le reste de l’expédition pour s’en retourner seul

    Et c’est avec cette histoire qu’il va tomber en disgrâce et disparaitre de la mémoire des hommes jusqu’à la fin du XIX.

    Maintenant, nous devons nous porter en Australie et prendre connaissance des antagonismes entre catholiques et protestants… ces derniers affirmant que l’Australie a été découverte par Cook, les catholiques bien entendu réfutant la chose et affirmant avec conviction que l’Australie a été découverte en 1606 par le Capitaine Quiros (remarque, les hollandais affirment aussi avoir découvert l’Australie !).

    La polémique existe depuis au point qu’en 1965, et c’est là que la poésie entre en jeu, un illustre poète catholique australien va écrire et publier un long poème épique intitulé « Captain Quiros » … poème que je cherche depuis sans succès … et voilà comment je suis devenu un « connaisseur » de cet illustre et farfelu personnage !

    Alors Annie Claude, si ton amie, dans le cadre de son ouvrage a pu obtenir une copie du dit poème …

  7. Annie-Claude a écrit :

    Voilà une bonne occasion de partager un poisson cru avec mon amie Annie ! tu n’as pas le nom du poète ?
    Toujours à ce que je lis de son bouquin, ce seraient 2 de ses anciens marins (ceux que tu cites comme abandonnés) qui auraient poursuivi vers l’Australie, sans toutefois « découvrir » l’Australie, mais une île au nord du continent.

    Attention : ici, pas un Polynésien qui confonde Tahiti et le reste des îles. Donc à Mendana les Marquises, à Quiros les Tuamotu, à Wallis Tahiti !

    Merci laTartine pour nous prêter ainsi ton espace !

  8. laTartine a écrit :

    Cette discussion m’enchante! J’espère que le poème va ressortir. Dans quelle langue a-t-il été écrit? Faut-il désigner un(e) volontaire pour faire une tournée des bibliothèques australiennes?

  9. Guess Who a écrit :

    Tiens, excellente idée !
    Et dire qu’en plus j’ai une soeur qui vit là-bas (encore, mais elle part dans un mois). Franchement, je suis fatigué de n’y pas avoir pensé plus tôt.

    Le poème s’appelle « Captain Quiros » et l’auteur est James Philipp Mcauley.
    Il date de 1964/1965 et a été écrit en anglais. A ma connaissance il n’a jamais été traduit en français

  10. caro_carito a écrit :

    Oh mais c’est passionant, les photos, les articles et les comm.

  11. yann a écrit :

    quel plaisir de rencontrer tant de gens sur les traces de quiros.
    mais moins poete que technicien, je recherche des illustrations, afin de visualiser la technicite de l’epoque au tuamotu et allentours.
    pouvez vous me mettre sur la piste des ecrits de quiros, des archives, des ouvrages publies. avez vous connaissance d’un botaniste un savant embarque.
    il aurait nomme tahiti; sagittarius sans y aborde…? et la seule reference que je possede de ce fait se trouve dans « la polynesie s’ouvre au monde ». Avez vous d’autres elements.
    j avoue que je commence depuis 15 jours mes investigations sur quiros.
    Je le suspecte d avoir importe les techniques de cordage et tressage…au hollandais la voile et le balancier…mais seule l’enquete nous le dira… peut etre…

    maururu roa

  12. LaTartine a écrit :

    Yann > Je vous transmets par mail le texte du poème Captain Quiros de James McAuley que Guess Who (voir commentaire ci-dessus) a fini par trouver. Je ne connais pas la part de vérité dans l’épopée telle qu’elle est racontée, mais c’est intéressant à lire même si cela demande un effort pour comprendre l’anglais littéraire.