Wallis à Tahiti (2)

Publié le 1 septembre 2008 dans Polynésie, Recettes.

Il a fallu finalement une semaine au Dolphin pour s’approcher de la côte tahitienne et envisager de se réapprovisionner sérieusement. Voyons ce que les Polynésiens apportent aux marins.

Des bananes,

des noix de coco,

des fruits de l’arbre à pain,

des cochons sur pattes ou déjà rôtis,

des poulets, sans doute comme ceux qui traînent partout sur les routes,

et des chiens, mais Wallis et ses lieutenants n’imaginent pas une seconde que c’est pour manger.

Cook, deux ans plus tard, se laissera convaincre de goûter une cuisse de chien rôtie et voici ce qu’il en dira : « nous fûmes plusieurs à en goûter et trouvâmes que c’était de la viande à ne pas dédaigner« . Il demande à s’en faire préparer un sur le champ et consigne la recette dans ses mémoires.

Je rappelle que laTartine était à l’origine un blog avec des recettes de cuisine, alors voici la recette du « chien chaud » à la tahitienne, et je laisse la parole au Capitaine Cook (beau nom pour un cuisinier):

« Ils creusèrent d’abord dans le sol un grand trou d’environ un pied de profondeur, y allumèrent du feu et firent chauffer quelques petites pierres, cependant qu’on étranglait le chien, et qu’on se débarrassait des poils en le plaçant fréquemment sur le feu, et, quand il fut aussi propre que si on l’avait passé à l’eau bouillante, on le vida de ses entrailles, on lava bien le tout, et, dès que les pierres et le trou furent suffisamment chauds, on éteignit le feu, on laissa une partie des pierres au fond du trou, on posa sur ces pierres des feuilles vertes, et sur elles, le chien en même temps que ses boyaux. Puis on recouvrit le tout de feuilles sur lesquelles on posa des pierres chaudes, et on referma le trou en le recouvrant de terreau. Après l’avoir laissé environ quatre heures, le four fut rouvert, on en tira le chien entier et à point et, de l’avis de ceux qui y goûtèrent, jamais ils n’avaient mangé de viande plus savoureuse, ce qui nous fit prendre la décision de ne plus mépriser désormais la viande de chien. »


Les feuilles de purau sont empilées et croisées pour la fabrication du couvercle

Je sens que je vais me faire des amis en divulguant des recettes de ce genre, mais les âmes sensibles au lieu de s’offusquer n’ont qu’à remplacer « chien » par « mouton » pour préparer un méchoui. Et pour vous rassurer, il y a maintenant tellement de chiens qui traînent partout à Tahiti et sur les îles, qu’on peut penser que ce plat n’est plus préparé.

Mais revenons à Wallis : il quittera Tahiti en emportant des fruits et un maximum de cochons pour la suite du voyage, mais dépité, il écrit dans son journal que ce n’était pas un si bon plan dans la mesure où les cochons ne voulaient manger que les fruits emportés. Les provisions de viande n’auront finalement pas duré aussi longtemps que prévu, mais il a néanmoins réussi à rapporter deux cochons vivants en Angleterre.

(à suivre)

7 commentaires sur “Wallis à Tahiti (2)”

  1. alain a écrit :

    Merci Madame la Tartine de revenir à l’aspect culinaire de votre blog.
    Bon j’ai déjà fait le trou dans le jardin, cette après-midi je me fais un stock de galets…
    Il ne me reste plus qu’a trouver le chien, il y en a pas mal qui traînent par ici et en plus ils ont l’air bien gras (merci Monsieur Canigou ! ) .
    Il y a un Labrador de 8 ou 9 mois chez des voisins (les enfants sont à l’école ce sera facile) qui doit être bien tendre !
    Je vais mettre les boyaux de coté car c’est avec eux que je fais les cordes de mon violon, d’habitude j’utilise ceux des chats du quartier, mais je vais essayer le chien !

  2. Guess Who a écrit :

    Bizarre, la recette du chien chaud au coin des rues de New York que j’ai mangé cet été est très différente …

  3. LaTartine a écrit :

    > Alain: bravo pour la rapidité de la mise en exécution! J’espère que l’abus de croquettes ne sera pas dommageable au goût. Ce n’était pas prévu dans la recette ;-)
    > Guess: c’est toute la différence entre le fast food et la cuisson lente (je n’ose plus dire … à l’étouffée…)

  4. kloelle a écrit :

    Il y a eu une émission de 2000 ans d’histoire sur cette épopée.
    Alors, l’arbre à pain…le fameux qui devait nourrir les esclaves et dont ils n’ont pas voulus…l’as-tu goûté toi ?

  5. laTartine a écrit :

    > Kloelle : non, c’est un grand regret de ne pas avoir goûté une préparation avec le fruit de l’arbre à pain qui s’appelle uru. Je ne sais même pas à quoi cela ressemble.
    Peut-être qu’Annie-Claude voudra faire un jour un reportage sur la préparation de l’uru?

  6. Annie-Claude a écrit :

    Ah, je sens le piège ! (sourire) J’en mange au restaurant, c’est très bon. Un peu comme de la pomme de terre, avec un parfum plus marqué.
    Mais tu as raison, faut que je me remue un peu, et que j’essaie d’en faire cuire avant mon départ.
    Bises

  7. caro_carito a écrit :

    J’ai tjrs été impressionée par ces cuissons « sous terre »